JonOne, le vent l'emportera

Tout commence avec l’envie de laisser des traces. Des traces qui deviennent de l’art. Un furieux besoin de colorer la vie, source première d’inspiration. JonOne est un self made man à la New-Yorkaise, avec la France pour porte-bonheur. JonOne est de ceux qui ne savent pas forcément où ils vont, mais qui feront tout leur possible pour avancer toujours plus loin.

Derrière un visage rond et juvénile, un sourire bienveillant, se cache un homme pétri d’ambitions et de volonté. Les œuvres de JonOne sont évidemment à son image : colorées, presque enfantines mais finalement teintées de complexité. Depuis toujours, John Andrew Perello de son vrai nom, est porté par le vent, son intuition. « J’ai un sens de la vie qui me protège, qui me dirige », affirme-t-il, l’air malicieux, touchant le bout de son nez.

JonOne arrive au lieu de rendez-vous un peu en retard, la démarche nonchalante et assurée. Impossible de ne pas le reconnaître : son jean et son pull sont parsemés de tâches de peintures, plus ou moins fraîches. L’artiste peintre reconnu dans le monde entier, celui qui a entrepris des collaborations avec de grandes marques, Guerlain, Perrier et même un avion pour Air France, met tout de suite à l’aise. Il accueille son interlocuteur avec un sourire franc et bienveillant, lui pose des questions, s’intéresse à lui, est curieux d’en savoir plus sur celle qui est censée l’interroger sur son parcours. 

« J’aime la lumière du Nord »

Attablé à un restaurant roubaisien, il commande un thé à la menthe traditionnel et se raconte à cœur ouvert. « Je pense que je vais passer mes vieux jours ici, mon assistante ne me croit pas, mais je le sens que c’est ici. » Cette ville, ce paysage urbain, ces murs de briques, il les a choisis. Pour sa lumière particulière, pour son atmosphère. « J’aime la lumière du Nord de la France. Mes amis me disent« il ne fait pas beau là-bas, va plutôt dans le Sud ! » Mais ça ne m’intéresse pas. Ici, je vois aujourd’hui ce que je voyais quand je suis arrivé à Paris, avec la mixité sociale. »  Et pourtant, l’artiste New-Yorkais, né dans le Bronx, en a vu de différentes lumières. « La vie m’inspire beaucoup, j’ai la chance de voir tellement de choses. Aujourd’hui, je fais le tour du monde et je m’amuse moi-même de voir ce que les graffs sont devenus : de l’art.»  Pour JonOne, même après plus de 30 ans de carrière, difficile de répondre à l’interrogation « pourquoi le graff ? » - « C’est l’éternelle question ». Mais pour l’originaire de la République Dominicaine né à New-York en même temps que les premiers tags, pour ce curieux avide d’en savoir plus sur ces écritures qui fleurissaient sur tous les murs de son quartier, finalement, le street art a été une évidence. Il les regardait comme on va au musée, en se questionnant sur ces formes, ces couleurs, sur l’intention de l’artiste et sur la technique. « J’ai trouvé que c’était une forme de culture, une culture underground. J’avais la curiosité de m’enrichir de ça, de cette énergie que je sentais dans la rue. » 

« Je viens de nulle part »

Une énergie sauvage, primitive brute « et en même temps exotique qui me motivait, me faisait rêver, me faisait sortir de mon environnement et me donner espoir ». Sans s’étaler sur sa vie passée, celle d’avant la reconnaissance artistique, JonOne laisse s’échapper des bribes d’une vie sans le sous, sans espoir. « Ce n’est pas pour sortir les violons, mais je viens de nulle part. »  Ce nulle part qui l’a conduit à taguer des métros d’abord « pour faire voyager mes tags dans ma ville, pour qu’ils partent à la rencontre du public. » Puis il a cherché asile artistique. Et a facilement obtenu un visa. « J’ai toujours pensé que la France était un pays d’accueil pour les artistes : Joséphine Baker, Nina Simone, les musiciens, les écrivains. La France sait apprécier les artistes. » Drivé par la motivation et l’ambition, il gravit les échelons et la reconnaissance des galeries d’art. Avant, ses œuvres allaient vers le public, maintenant, le public paye pour admirer ses œuvres. « Il y a tellement de gens que j’ai laissés derrière moi, qui n’y sont pas arrivés. Je me sens une responsabilité à aller le plus loin possible, à ne pas rester sur mes acquis. » A Paris, il commence à peindre sur toile et se fait rapidement un nom. D’une exposition en 1990 à la Gallery Gleditsch 45 à Berlin à l’exposition Paris Graffiti rue Chapon à Paris. Puis peu à peu le tour du monde. « La motivation pour moi, c’est comme une bougie toujours allumée, image-t-il à la perfection.Ce que je fais, ce n’est pas un vrai métier, c’est un style de vie que je mène. Et mon délire, c’est de maintenir ce style de vie. » 

« Il y a une âme ici »

Un style de vie qui le mène aujourd’hui à Roubaix « une ville qui m’inspire, Roubaix c’est le futur », exagère-t-il à peine. « Cet atelier que j’ai mis 8 ans à construire avec Mikostic, ça pouvait être à Metz, ça pouvait être en Seine-Saint-Denis, à Montreuil, aux Antilles, à Marseille, à Saint-Tropez », liste l’artiste. Mais non, c’est à Roubaix. « Les gens sont souriants ici, ils ont faim de créativité, ils ont une bonne énergie. Il y a une âme ici. » Finalement, rien de plus normal qu’il s’y sente si bien : cette ville lui renvoie sa propre image, son propre caractère.