Philippe Gonay Coiffure, Performance humaine et esthétique

Quand Philippe Gonay et Jean-Jacques Doolaeghe se laissent embarquer par la proposition de Fanny Bouyagui / Art Point M de créer les coiffures des 250 mannequins non professionnels qui défileront pour la parade d’Un été au Havre, les deux esthètes ne mesurent alors pas l’ampleur de l’engagement. Une expérience inédite pour deux athlètes pourtant rodés aux défilés professionnels, shootings de prestige, trainings dans le monde entier. Récit.

Un cadre hors normes

Au moment de l’entretien, l’enthousiasme est encore palpable. La performance de la parade du 27 mai dernier au Havre, reste gravée. A Philippe Gonay d’expliquer : « on a vécu un évènement ébouriffant qui nous a embarqués dans des situations jamais vécues. On a travaillé avec les 200 étudiants du lycée professionnel de coiffure Jules Lecesne du Havre pour la réalisation des 250 perruques. D’abord pour la coloration des mèches et ensuite pour la fabrication des postiches. Un rôle de coordinateur, d’encadreur et de motivateur qui a abouti à un ouvrage commun. Et cela pour des personnes improvisées en mannequin d’un jour ! L’opposé de tout ce que l’on avait déjà expérimenté ! ». Engagé dans l’aventure dès mai 2016, Philippe passe du temps avec Fanny Bouyagui à imaginer les coiffures qui nourriront les six thèmes du défilé, inspirés des emblématiques du Havre : marquise, container, rayures, Dubuffet, Perret, balcons. Les contraintes rendent le projet très technique et imposent des restrictions budgétaires. Les coiffures doivent être assez spectaculaires pour être vues par les 22 000 participants à la parade. Elles doivent supporter toute prise au vent sur un parcours d’un kilomètre. Filmées et diffusées en télé et sur les réseaux sociaux, elles doivent aussi être impeccables sous tous les angles. Portées par des mannequins non professionnels de toute taille et de tout âge, elles doivent enfin amener une harmonie et une cohérence.

Un défilé extraordinaire

Pour Jean-Jacques, l’engouement de tous les bénévoles, étudiants comme participants au défilé reste gravé. En backstage le jour de l’événement, c’est plus de 500 personnes qui amènent chacune leur pierre à l’édifice. Au moment de la parade, le pari est gagné ! L’émotion est immense, le spectacle propulse des images grandioses et les coiffures explosent de couleurs, d’audace et de présence. Les teintures des mèches des perruques oscillent du rose au fuchsia, du kaki au vert, du rouge au orange. Le volume s’impose avec notamment les iroquoises et leurs mèches éclatées comme un immense éventail sur le haut de la tête. Ou encore les marquises avec leur coiffure gonflée comme un ballon d’hélium… A Jean-Jacques d’ajouter : « en visitant l’église Saint-Joseph, chef d’œuvre de l’architecte Auguste Perret, quelques mois après avoir imaginé les couleurs des mèches, Philippe fait le lien entre mes choix et les teintes des vitraux créés par Marguerite Huré. Une coïncidence qui m’a laissé penser que nous étions vraiment en phase avec cet événement havrais et qu’on vivait une expérience singulière et unique. »